Terrain Vague

A peine avions nous quitté le diable de l’histoire du soldat que nous voici replongé au cœur de la misère d’un homme vieillissant, seul dans une pièce sordide alors qu’à l’extérieur éclate les bruits d’une révolution en marche, d’un peuple qui avance. Petit à petit l’homme nous dévoile quelques bribes de son passé, comme si nous l’avions vécu avec lui. Il parle aussi de ses espoirs, que l’on devine illusoires. Puis, par petites touches légères, naturelles, le spectateur réalise que ce vieillard qui pleure sur son sort fut un homme de la pire espèce. De ceux, qui dans l’ombre des puissants terrorisaient et torturaient. Pourtant, loin d’exprimer le moindre remord, le tortionnaire est un homme comme les autres: il regrette la splendeur d’un temps passé et pleure sur sa solitude.

Jean-Pierre Guiner de la compagnie Sirandane se sort fort bien de ce rôle difficile, jouant sans excès un personnage que les gens ne peuvent que contempler avec horreur. Non pas de par ses actes ou ses paroles au public mais par tout ce que ces dernières laissent deviner. L’inconnu pathétique du début de l’histoire l’est tout autant à la fin, son passé n’apparaissant que par des phrases détournées. Jean-Pierre Guiner réussit à nous montrer que tout homme vieillissant, même si sa vie fut abjecte, peut suivre les mêmes chemins que tous les autres et commence par regretter son passé.

Terrain vague
Sur un texte d’Olivier Rohe (éditions Allia)
Par la Compagnie de la Sirandane.
Adaptation : Jean-Pierre Guiner et Alicia Serra
Interprétation : Jean-Pierre Guiner
Mise en scène : Alicia Serra
Scénographie : Pascal Doudement
Lumière : Philippe Ferbourg
Musique : Romain Ponsot

Les photos ont été prises à la Maison de l’Université (de Rouen) durant un filage.
Représentation le 18 mars 2008.
JR.


Un homme sans nom recherche la preuve de son existence dans l’immobilité de son ancien lieu de travail qui le place à l’abri du temps et du monde extérieur en mutation. Face à son passé ses souvenirs et ses rêves, il déroule devant nous une vie parcellaire : temps éclaté, repères bouleversés, actions supposées… Avec lui, nous cheminons sur le pont fragile de sa mémoire. Le puzzle d’un univers incertain, quelque part entre entre Samuel Beckett et Thomas Bernhard qui nous captive.

Avec ce roman, l’auteur pose la question des conséquences de la guerre sur l’individu, de ses répercussions sur la destruction des mémoires, le pourrissement absolu des mentalités.

Ce spectacle est le premier volume d’un cycle intitulé : le commun des mortels.

Source : Site de la maison de l’Université

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