L'histoire du soldat

Il existe une sorte de Darwinisme dans les histoires. Les plus belles sont intemporelles puisque les autres ont disparu dans l’oubli comme un organisme trop faible pour combattre. Le soldat de notre histoire aurait du se souvenir à temps des mythes qui ont traversé les siècles pour nous rappeler que tout a un prix. Le plus élevé étant certainement de vendre son âme, même simple, nichée au cœur d’un violon, pour connaitre l’avenir et s’enrichir. Pourtant, tout comme Orphée en son temps, notre soldat se vit offrir, grâce à la ruse, une chance ultime d’atteindre le bonheur en renonçant à toutes ses richesses. Mais le diable, furieux de la tromperie, veille. Il sait une chose: l’homme en veut toujours plus. Le jour où le soldat, marié et heureux veut retrouver aussi son passé, il découvre que « Un bonheur, c’est tout le bonheur, deux, c’est comme s’ils n’existaient pas ! ». L’enfer lui ouvre alors ses portes.

C’est avec plaisir que nous retrouvons une bonne partie de la troupe de Blanche-Neige (voir plus bas) dans ce spectacle de “théâtre musical” ou d”opéra sans chanson” qui plonge sans hésiter dans plusieurs thèmes fondateurs. Jean-Marc Talbot joue un diable protéiforme qui mène de bout en bout une magnifique danse infernale. La voix d’Isabelle Paquot donne corps au récit alors que Thomas Germaine réussit à transmettre la fragilité et la naïveté du soldat dont la quête, après tout, est celle de tous les hommes : celle du bonheur. Les talents de danseuse d’Aurélie Genoud permettent au soldat (et à la salle) d’atteindre le bonheur auquel il aspirait tant… avant d’en vouloir encore plus. Que voulez vous… le diable gagne toujours à la fin.

Musique de Igor Stravinsky et Texte de Charles-Ferdinand Ramuz.
Metteur en scène : Denis Buquet.
Le Narrateur: Isabelle Paquot.
Le Diable : Jean-Marc Talbot.
Le Soldat : Thomas Germaine.
La Princesse : Aurélie Genoud.

Direction musicale : Samuel Jean
Décors : Pascal Doudement
Costumes : Pascale Barré
Lumières : Denis Desanglois
Vidéo : Éric Duranteau

Les photos ont été prises au théâtre Charles Dullin durant un filage.
Les représentations ont eu lieu du 29 février au 2 mars 2008.
JR.


La première guerre mondiale laissa Igor Stravinsky sans commande mais bouillant d’envie de créer. Ne pouvant plus compter sur la compagnie des Ballets Russes ou sur les orchestres opulents qui avaient créé L’Oiseau de Feu, Petrouchka ou Le Sacre du Printemps, il se concentra sur un projet « économique », destiné à un théâtre de tréteaux, transporté quotidiennement de village en village. Sept instrumentistes, bien choisis, résument l’orchestre symphonique, pendant que le poète suisse Charles-Ferdinand Ramuz invente un conte fantastique, d’origine russe. Un soldat, démuni et revenant de guerre, vend au Diable son seul bien, un violon, en échange d’un livre magique qui enrichit mais n’apporte pas le bonheur. Une partie de cartes lui permettra de reprendre son violon et, par sa musique, de guérir une princesse malade et d’espérer l’épouser. Mais la princesse désire visiter le pays de son futur époux, en chemin le soldat rencontre le Diable qui l’emmène joyeusement en enfer.
L’Histoire du soldat frappe par son étonnante liberté de ton. Contraint à user de moyens très limités, Stravinsky en fut stimulé et inventa alors le langage musical qu’il allait développer pendant trente ans. À partir de modèles populaires et savants occidentaux, il compose un fascinant théâtre musical. Ainsi ce conte universel se peut-il savourer dans sa substance gaie et sarcastique.

Source : Site de l’Opéra de Rouen

Répondre